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15 novembre 2009

Commentaires

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Merci pour cette analyse porteuse de sens sur un tableau que j'avais si souvent observé sans avancer pourtant sur ces chemins.


Il y a effectivement la représentation d'une réalité dans le tableau de Bonnard. Quoique cette réalité fait elle-même l’objet d’une sorte de déréalisation du fait qu’elle est transmise par le biais d’un reflet dans un miroir avant de parvenir à nos yeux (remarquer la petite bordure fine et sombre qui finit par s’évaser en bas et à la gauche de l’œuvre). Tout est à l’envers, comme dans n’importe quel miroir qui se respecte… Pour Fragonard c’est moins sûr. Ce Fragonard-là use beaucoup du symbole (des symboles) : le verrou, la porte (qu’on ouvre, qu’on ferme -c’est selon- ) et puis surtout le fruit défendu au premier plan. Et puis encore l’évidence d’une matière organique exposée dans la convulsion des étoffes et qui s’impose à nos yeux et à nos sens comme la traduction d’un objet inavouable (pour l’époque ?).
Bonnard, lui aussi, fait usage du symbole (mais plus discrètement). Les chats -qui sont dans les mêmes tons que les corps et les lieux de l’amour- sautillent dans le lit de la femme charnelle, la femme « de chair » ; des chats qui ne sont pas anodins et renvoient évidemment à la trivialité d’un terme destiné à nommer la partie la plus intime des femmes.
Ce qui est très fort, à mon avis, dans le Fragonard (alors que le propos du tableau est assez anecdotique) est que la plus grande partie de cette œuvre est occupée par une forme quasiment abstraite : cette tourmente d’étoffes, de draps, de rideaux qui ne sont pas à appréhender au premier degré mais qui sont l’expression du désir le plus impérieux (jusques et y compris dans son accomplissement,) : ces pans de velours rouge sont des sortes de turgescences complètement extraverties ; regardez la taille de ces « objets », leurs mouvements, leurs répétition quasiment chronophotographique ; regardez l’accent de lumière sur l’angle satiné et tendu du bord de lit qui est de même nature que le vêtement de l’homme et qui est, évidemment, une érection.
C’est étonnant, à cette époque de consacrer presque 2/3 d’un tableau à une abstraction, non ?

Merci Bertrand ! Mon apport est bien modeste ... et je ne peux que vous recommander la lecture du commentaire d'Espace-Holbein et d'Appeau vert.

Merci d'apporter ces éclairages complémentaires passionnants qui permettent de prolonger la réflexion.
C'est vrai qu'à cette époque il est étonnant de consacrer presque 2/3 d'un tableau à une abstraction, pour autant ce drapé rouge me renvoie au tableau "La mort de la Vierge", 1605-1606 du Caravage avec une tenture dont on ne voit pas l'accrochage http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c5/Michelangelo_Caravaggio_069.jpg et à cet autre tableau "L'annonciation" d'Orazio Gentileschi peint vers 1623 http://4.bp.blogspot.com/_U0RpAJQHmL8/SfM8Uld40GI/AAAAAAAAAsg/8tlCH_ELaAo/s400/Orazio+Gentileschi,+L%27Annonciation,+huile+sur+toile,+286+x+196,+vers+1623,+Galleria+Sabauda,+Turin.jpg

Pour une raison quelconque (et certainement pas la lumière), le premier me fait penser au Kreutzer Sonata, peint par René François Xavier Pinet en 1901 et qui devenu célèbre comme publicité pour le parfum Tabu.

Bonsoir Joye, je ne connais pas du tout ce dont tu parles, je découvre ... est-ce cette affiche publicitaire ? http://www.parfumdepub.net/collection/Dana/Tabu/Tabu_1.jpg
Bonne fin de journée !

Plus que le rapprochement avec le tableau de Fragonard, concernant le tableau de Bonnard, je penche plutôt pour le dispositif des compositions sur le thème de l’annonciation et plus particulièrement celles du quattrocento. Le motif du couple séparé par cette verticale (contondante) d’un paravent replié lit ne peut que rappeler le principe de la colonne, qui on le sait sert à séparer visuellement deux espaces distincts (celui du messager porteur du verbe et celui de Marie incarnant précisément la chair…Bref !). Ici le couple, avant ou après l’amour ? (ce n’est peut-être pas une mauvaise question…) est présenté depuis un miroir (une psyché) ce qui effectivement, comme me souligne holbein, retourne (renverse) le sujet. Trois possibilités au moins s’offrent alors à la lecture allant du regard objectif (je me vois – autoportrait de l’amant) à « je nous vois » - et pas : « à genoux, vois » ! - (fonction du miroir voyeur, bien connue), à « je les vois » - pas si gelés que ça en fait ! - fonction réfléchissante de l’iconographie (Adam et Eve, Gabriel marie, Mars et Vénus, etc…). Le chat (ou plutôt les chats) y sont en effet une double allusion (coquine et iconographique).

Pour Fragonard, je partage également ce qu’en dit holbein. J’aime bien d’ailleurs ce qu’il dit sur la « tourmente » des tissus (pour des raisons toutes personnelles liées à la peinture) et les connotations érotiques. Complètement d’accord même, « jusqu’au bout » (si j’ose l’expression !). La scène qui est montrée, on peut même ici parler de mise en scène, utilise en effet tous les artifices du décor (dramatisation ?), de ce verrou poussé (en soi l’image est forte) à droite, avant de chavirer dans le lit à gauche). Le temps est ici donné (annoncé dans son déroulement, comme une danse dont on devine les pas et la transe) contrairement à Bonnard. Cette théatralisation, héritée de la peinture Vénitienne se joue sans mythe.

Paradoxalement, et c’est sans doute ce qui me plait dans l’écart entre ces deux peintures, l’une, ne dit rien en apparence de la fougue des gestes des amants, elle se situe dans l’espace de la délectation, de la caresse, du moelleux, (un brin « conjugal » : le lustre évoque celui suspendu dans la pièce des époux Arnolfini), l’autre est une envolée, une étreinte, un vertige… mais les deux touchent bien comme vous le dites, à la question du désir, mais pas seulement par les accessoires mais aussi par ce qui vibre ou s’étire, amortit ou claque, tend ou s’enroule : l’écriture picturale.

Bienvenue sur notre blog Appeau vert !
Merci de venir enrichir la discussion de façon très intéressante sur ces deux tableaux. Concernant le tableau de Bonnard, je suis un peu comme vous et je le rattacherai volontiers aux compositions sur le thème de l'annonciation et aux différentes évocations d'Adam et Eve notamment celle de Dürer http://www.productionmyarts.com/Images/durer/adam-eve-1507.jpg

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Damien Guinet
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