Aujourd'hui, je voudrais vous présenter deux œuvres que tout oppose sauf la part de sensualité qui entoure la représentation féminine. Il s'agit du tableau intitulé "Les deux cousines", peint vers 1716, par Antoine Watteau et du tableau "Intérieur avec femme debout" peint, bien plus récemment au début du vingtième siècle en 1905, par Vilhelm Hammershoi.
Avec Watteau, nous sommes en extérieur, dans une nature aux contours flous et aux éléments perdus dans le lointain (on distingue dans le fond, près d'une pièce d'eau, un couple près d'une statue), avec des couleurs plutôt chaudes (l'homme tient dans le pan de son manteau, à dominante de rouge, une brassée de roses). Nous sommes dans les Fêtes galantes et le marivaudage ....
Avec Hammershoi, nous sommes à l'intérieur, avec des éléments très géométriques qui composent l'espace (portes, couloir, cadres, carreaux des fenêtres, lattes du parquet ...), avec des couleurs froides (gris, blanc, noir) avec notamment une femme, dans sa solitude, vêtue d'une longue robe noire.
Et, pourtant, dans les deux cas, cette silhouette de femme, vue dos, dont on aperçoit la taille et les épaules étroites et surtout la longue nuque dégagée, gracile, m'émeut tout particulièrement ...
Dans ces deux cas, les cheveux longs relevés en chignons avec quelques cheveux légèrement défaits, rajoutent encore à la sensualité ...
Enfin, dans ces deux cas, nous ne connaitrons rien d'autre de ces femmes, qui conservent ainsi, intacte, leur part de mystère ...
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Bonsoir chère Myriam,
Voici un rapprochement particulièrement intéressant et pertinent, dont je vous remercie d'autant plus qu'il ne me serait absolument pas venu à l'esprit. Vous avez décidément l'art d'élargir les horizons !
Un autre point commun entre ces deux images est, à mon sens, la part de silence que chacune comporte, même s'il y a un instrument de musique dans celle de Watteau. C'est, à titre personnel, ce qui me touche dans l'univers de ces deux peintres pour lesquels j'ai une grande affection.
Bien amicalement à vous.
Rédigé par: Jean-Christophe | 18 octobre 2009 à 19:36
Ce que j'apprends de vous, chère Myriam, c'est toujours avec le même plaisir que je l'accueille.
Ce rapprochement entre les deux tableaux, je ne l'aurais pas fait sans vous.
C'est un étrange sentiment de vide qui me saisit pour ma part quand je regarde un tableau d'Hammershoi, qu'il représente un intérieur (j'ai en tête une femme debout de dos devant un piano, entre autres) ou un paysage. Et bien entendu, ce sentiment, je ne peux l'expliquer tant il est diffus. Un peintre du froid (son pays) qui peindrait le froid sous toutes ses formes... Mais je m'égare ;-)
Je me rappelle un livre de Philippe Delerm sur Hammershoï, "Intérieur : une rencontre avec Hammershoi" - mais je ne suis plus très sûre du titre, pardon - qui m'avait beaucoup plu.
Pour ce qui est de la sensualité que dégagent ces deux femmes debout de dos, si différentes soient-elles, je suis absolument de votre avis. Je leur trouve également une extrême délicatesse, voire quelque-chose de presque fragile... Les deux sont en tout cas très émouvantes.
Merci Myriam ! Et une très bonne journée à vous.
Rédigé par: Ghislaine | 19 octobre 2009 à 11:56
Bonjour cher Jean-Christophe,
Tout comme vous je sens l'omniprésence du silence et cette part du non-dit chez ces deux peintres ce qui est peut être un peu plus étonnant chez Watteau où il y a de nombreux personnages et une atmosphère propice à la rencontre et à la Fête galante, alors que chez Hammershoi règne une atmosphère plus froide et plus intime ...
Bien amicalement à vous.
Rédigé par: myriam | 20 octobre 2009 à 09:23
Chère Ghislaine, je comprends cet étrange sentiment de vide qui vous saisit lorsque vous regardez un tableau d'Hammershoi, mais quelque part, comment vous dire, cet étrange sentiment de vide ne me semble pas étranger, il me parle, comme si je trouvais là un écho à la longue solitude de mon enfance et adolescence et à mon amour immodéré pour le nord ...
http://blogs.poker-academie.com/sharp/files/2008/11/hammershoi.jpg
Comme l'écrit Mme Hanne Westegaard, dans le catalogue "Lumière du Nord", 1987, à propos d'une autre toile "Intérieur avec une femme assise", peinte en 1908, mais qui peut s'appliquer ici également "Les meubles rares, sévères, l'économie des coloris, les grands plans ajoutent au raffinement de la nuque ployée de la femme qui, parfaitement éclairée, devient plus vivante et doucement désarmée dans son ample et longue robe noire qui la cache tout entière. La touche souple souligne tout ce qu'il y a d'humanité dans cette toile".
Très bonne journée à vous Ghislaine !
Rédigé par: myriam | 20 octobre 2009 à 09:50
Très joli rapprochement, poétique !
Les deux peintres étaient du Nord après tout !
Rédigé par: grillon | 27 octobre 2009 à 21:00
Chère Grillon. En effet, même s'il y encore un nombre significatif de degrés dans les latitudes ! Mais c'est vrai, ces peintres font parti d'une même sensibilité, notamment par rapport à la lumière.
Rédigé par: myriam | 28 octobre 2009 à 22:58