Autant les portraits d'Andy Warhol sont colorés, représentatifs d'une image glamour, idéale, autant ceux de Yan Pei-Ming sont ancrés dans le réel, et la plupart du temps sombres. Il s'y lit l'angoisse, la crispation de l'humanité et sa Mona Lisa qui vient d'être exposée au Louvre (au même endroit où l'on a pu admirer les femmes d'Alger de Delacroix/Picasso) n'y échappe pas !
Ce n'est pas la première fois que le tableau le plus connu au monde "La Joconde", peint par Léonard de Vinci, fait l'objet d'une appropriation par un artiste. Appropriation provocatrice par Marcel Duchamp en 1919 avec L.H.O.O.Q. qui l'affuble d'une moustache et d'une barbichette, ou par Salvador Dali en 1954 qui en profite pour faire son "Autoportrait en Mona Lisa", revisitation relativement conventionnelle par Fernand Léger en 1930 avec "La Joconde aux clés", ou par Fernando Botero avec la "Mona Lisa", ou carrément relecture de l'œuvre par Robert Filliou en 1968 avec "La Joconde est dans l'escalier", toutes ces relectures sont, somme toute, une fois que l'on a dépassé le stade de la dérision et de la provocation assez rafraichissantes !
Plus récemment avec des artistes comme Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat ou Rauschenberg, l'image renvoyée de cette icône, au delà de la provocation, est bien plus inquiétante, sombre, pessimiste, comme un reflet de notre société actuelle (?) et Yan Pei-Ming se situe, dans le même registre, avec son polyptyque monochrome constitué par cinq tableaux.
La Joconde, placée au centre de ce "retable", est encadrée de part et d'autre par un paysage imaginaire assez indistinct où l'on peut voir répétés des crânes humains (réalisés à partir d'un scanner du crâne de l'artiste) gisant sur le sol.
Pour la première fois, le paysage à l'arrière plan présente une certaine unité qui aurait fait plaisir à l'historien d'art Daniel Arasse ! (1) Deux autres portraits complètent ce triptyque, à gauche le père de l'artiste mort, les yeux ouverts, et à droite un autoportrait de l'artiste qui préfigure en quelque sorte sa mort. On est happé à la fois par la grisaille de cette œuvre et à la fois par l'impression de blancheur ... "En Chine, le blanc est la couleur du deuil, mais pour que ce blanc existe, je l'ai interprété en gris" (2). Et la mort est présente partout à l'exception de la Joconde qui apparaît belle et bien vivante malgré des larmes de peinture sur son visage et ses mains croisées ... C'est là le paradoxe de ces funérailles fantomatiques de l'icône de la peinture occidentale par Yan Pei-Ming, artiste qui de son vivant est exposé au Louvre, et qui lui se représente déjà "mort, mourant ou endormi" (2).
(1) Daniel Arasse, "Histoires de peintures", chapitre 2
(2) Propos de Yan Pei-Ming recueillis par Guillaume Durand
(3) Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, interview de l'artiste sur FR3 en février 2009


http://www.impromptus.fr/dotclear/index2.php?2007/11/12/2940-joye-le-sourire-de-la-joconde
;-)
Rédigé par: joye | 12 juin 2009 à 14:05
Bonsoir chère Myriam,
Vous savez que je ne goûte guère nombre de réalisations de l'art contemporain (d'où mon absence de réaction sur Warhol, histoire de ne pas jouer toujours le rôle du vieux c*n jamais content^^), mais là, je trouve ce travail de Yan Pei-Ming particulièrement intéressant, car très pensé et d'une réelle profondeur de vue. Transformer un tableau aussi connu que Mona Lisa en polyptyque sur le thème de la Vanité, il fallait oser, et c'est fait, à mon sens, avec un goût qui a ceci de remarquable qu'il élargit le sens de l'œuvre originale au lieu de le moquer avec plus ou moins de finesse.
Merci pour cette découverte et bien amicalement.
Rédigé par: Jean-Christophe | 12 juin 2009 à 19:53
Chère Joye, b-r-a-v-o !
J'invite toutes celles (et ceux) qui souhaitent connaître les périples de ce tableau, célèbre entre tous, de cliquer sur le lien, ils se régaleront de ton texte toujours aussi brillant.
:-)
Rédigé par: myriam | 12 juin 2009 à 20:01
Bonjour Cher jean-Christophe, je trouve comme vous le travail de Yan Pei-Ming particulièrement intéressant et, même si cette Vanité est très sombre, elle met en valeur l'œuvre originale alors que, pour moi, d'autres interprétations contemporaines n'ont pas cette dimension.
Bien amicalement.
Rédigé par: myriam | 13 juin 2009 à 09:25
Juste un petit bonjour en passant... Comme toi Myriam, je trouve que Basquiat et Rauschenberg ont "détérioré" l'image de Mona Lisa...
Bon dimanche!
Rédigé par: Tilleul | 14 juin 2009 à 13:54
Bonjour Tilleul, personnellement je ne dirais pas qu'ils ont "détérioré" l'image de Mona Lisa mais plutôt qu'ils en renvoient une image tragique, angoissante, presque trash (si j'osais !) ...
Bon dimanche à toi également !
Rédigé par: myriam | 14 juin 2009 à 15:44
Allez voir le reportage rencontre avec Yan Pei Ming de Dijon à Pekin sur culturebox :
http://culturebox.france3.fr/all/12421/De-Dijon-a-Pekin%2C-rencontre-avec-Yan-Pei-Ming--
Rédigé par: Grégoire | 29 juin 2009 à 16:01
Bienvenue sur notre blog Grégoire et merci pour votre lien très intéressant.
Rédigé par: Myriam et Philippe | 29 juin 2009 à 19:08
C'est beau ici...!!
:-)))
Rédigé par: el papou | 29 septembre 2009 à 14:16
Merci et bienvenue sur notre blog !
Rédigé par: Myriam et Philippe | 29 septembre 2009 à 21:37